Hommage à Ghjuvan’Dumenicu SETA
Monsieur Ghjuvan’Dumenicu SETA nous a quittés.
Un grand Monsieur, un personnage de notre village, et bien au-delà.
Son amour profond pour la Corse et pour la langue corse marquera durablement les générations.
La veille de son départ, il remettait ce qui restera sa dernière réflexion, un texte fort et lucide sur la place de la langue corse, sa transmission et les responsabilités collectives qui y sont liées. Nous avons choisi de le partager ici, comme un hommage, mais aussi comme un témoignage précieux.
BASTELICA : CULTURE
IMMERSION EN LANGUE CORSE
Il faut cesser de dire « le corse doit s’apprendre en famille » (si sà ancu troppu). C’est même une excuse de nos anciens pour éviter de faire l’effort nécessaire avec leurs enfants car ils ont été conditionnés uniquement par la langue dominante, appelée langue de la réussite dans les pays colonisés où l’on ne favorisait que le fonctionnarisme.
Ils ne veulent pas la disparition de la langue corse mais, comme les vieux politiciens, ils lui refusent les moyens de vivre en se cantonnant dans le sentimental : « Hè bè di sapè parlà corsu mà, oghji… ». Ceci dit, cette richesse méditerranéenne est toujours une langue facultative, non obligatoire, de la maternelle à l’université.
Le problème étant politique, aujourd’hui la responsabilité pour la sauvegarde de notre langue et de notre jeunesse, incombe d’abord à ceux qui nous gouvernent, plus soucieux pour leur propre avenir d’élus. Sont-ils nombreux pour en prendre vraiment la défense ? Puis aux corses eux-mêmes qui la négligent « in casa è fora » sans une réelle volonté quotidienne.
Dans les établissements scolaires enseignée comme les autres disciplines, le corse ne peut rien gêner de nos jours, ni personne. Malgré les nouvelles directives concernant les langues régionales et les efforts des enseignants motivés, le corse n’a pas une place importante dans l’emploi du temps de la classe. Il n’y a toujours pas la régularité dans la scolarité. Nous sommes bien loin de l’immersion recherchée.
Dans les maternelles en particulier, dans le primaire, le dialogue quotidien, quel que soit le sujet, est primordial. « I zitelli teninu megliu à menti u chjama è rispondi ». Il ne faut pas abuser du par cœur. La récitation, la chansonnette, le petit théâtre de fin d’année scolaire sont utiles, mais très insuffisants pour parler une langue.
L’immersion consiste à dialoguer le plus souvent avec l’élève afin qu’il ne puisse plus dire en quittant l’école, le collège ou le lycée : « capiscu tuttu mà ùn parlu micca corsu ».
Seule, l’école ne sauvera pas la langue corse, on le sait. Mais pour mieux la comprendre, la parler, l’écrire et la lire, l’école doit précisément servir d’exemple. « Hè compiu u tempu di u disprezzu ». Deux langues, deux cultures, sont d’un plus grand profit. Il est inutile de le dire.
Alors il faut espérer « u veru sveghju di un sanu orgogliu » pour que les générations futures comblent l’immense et injuste retard. Le peuple corse doit être maître de son destin. « A so lingua hè una lascita storica ».
L’État-jacobin, (aujourd’hui la gauche) relié par des élus locaux superficiels ou routiniers, devrait admettre, de nos jours, que les réformettes centralisatrices n’ont plus cours en Europe. Les peuples, petits ou grands, sont fiers de leur spécificité.
Mais, la Corse, qui n’est plus « le rocher pauvre en mer Méditerranée », éprouve les pires tourments ou calculs pour faire reconnaître sa différence. L’État, voire les affairistes, doivent savoir qu’en voulant tout garder ils risquent de tout perdre.
De petits projets voient le jour entre l’État et la Région. Il ne s’agit ni de la coofficialité, ni du bilinguisme. Il faut néanmoins se féliciter du travail accompli, dans ses centres d’immersion, l’association départementale des pupilles de l’enseignement public de Haute-Corse.
Bastelica, avec son imposant groupe scolaire, sa ruralité active, sa châtaigneraie, ses sites de randonnée, sa montagne skiable, son fleuve Prunelli traversant le village, son stade de sport, Bastelica sera pour la même association son premier centre d’immersion linguistique, langue et culture, en Corse du Sud. Centre destiné à tous les élèves des écoles et collèges de Corse.
È, com’ellu dicia, di cori tamantu, Andria Fazi, « L’insignamentu di u corsu serà non solu un oggettu di studiù, mà un mezu di studià altre materie ».
Nous devrions ajouter et un moyen de communication : l’immersion aboutie.
Ghjuvan’Dumenicu SETA
